25.2.06

4:00 PM : Soyons dégueulasses

Mais sans cesser d'être désinvoltes, ce qu'a oublié Bertrand Cantat. Huhu.

Je dis pas ça *que* pour passer pour un gros enculé de crypto-pro-néo-nazis (avec un s car, comme les juifs, ils sont nombreux, et ils sont partout), mais l'Holocauste, si outrageusement vomitoire qu'il fut (et il le fut vachement, je sais pas vous mais moi je suis toujours obligé de couper la fin de "De Nuremberg à Nuremberg" si je veux pas rendre diner, déjeuner, petit dèj' et sperme de la veille) a quand même vachement arrangé l'Humanité, avec un grand H pour la distinguer du journal récupéré.

Je parle pas là de l'exploration spatiale, bien que la désopilante vivisection de juifs en milieu carcéral l'aient bien aidée (et c'est pas des conneries, les notes expérimentales des simili-Mengele à qui l'Ouest accorda le pardon en échange de l'usufruit du cerveau ont vachement fait avancer le Monde Libre (comme le Monde Enchainé Sous La Férule Communiste d'ailleurs, les salauds sont partout) dans tous les domaines scientifiques - lorsque les Russes envoyèrent leur premier sapiens-mais-pas-trop (parce qu'accepter d'être envoyé dans la stratosphère dans une boule de feraille tenue entière par du chewing-gum, avouez qu'il faut quand même être con), le responsable de la NASA expliqua au Président dans un sourire que "their German scientists must be better than ours". N'oublions pas qu'Einstein lui-même était un allemand ayant fui le nazisme.)

Je parle pas non plus de la création d'Israël qui fut une connerie patente, sinon sur l'idée (parce qu'au bout de deux millénaires à les pogrommer par tous les trous, c'est vrai qu'inventer un pays où les juifs pourraient batifoler sans crainte des baïonettes s'imposait presque par son bon sens, tardif certes, mais faites pas chier, il vous a tous fallu au moins 13 à 21 ans avant d'être dépucelés, je serais à votre place je la ramènerais pas.), au moins sur la réalisation baclée. On ne m'ôtera pas de l'idée les similitudes entre la Palestine et Danzig. J'ai toujours dit qu'on aurait plutot du créer l'Etat Juif au coeur du Kansas, où y'avait absolument personne à déporter pour leur faire de la place, aucun ennemi héréditaire à moins de 10.000 kilomètres, et dont la signification territorialo-historique duquel tout le monde se fout, y compris les Kansaçais de souche. En plus, tous les juifs survivants de l'époque étaient déja à Wall Street, ca leur aurait fait moins d'heures d'avion à faire, au final.

Non, je veux dire par là que la sensibilisation du public à l'horreur des crimes nazis envers une minorité donnée a un peu beaucoup ouvert les yeux des gens. Bon, ça a aussi ses mauvais côté, comme l'anti-antisémitisme primaire primaire (je bégaille pas, c'est de la syntaxe, connard) dont on souffre ce siècle-ci, et qui pousse journaleux comme politiques comme trous du cul à tomber comme une tonne de briques sur ce pauvre Dieudonné, gluants d'hypocrisie mais avec l'appui moral et bien-pensant de la plèbe imbécile, pour une pauvre blague de mauvais goût, hypocrisie renforcée par le simple fait que, si les blagues sur les juifs "ça ne se fait pas", et si le négationisme est sanctionné par la loi, l'anti-fascisme viscéral ou l'idée selon laquelle Vichy, Ce N'Etait Pas La France (avec des majuscules, comme à la France Eternelle, ses Valeurs Immortelles et toutes ces sortes de choses) sont non seulement admises mais encouragées, et que sont tolérées sans sourcillement les demandes d'interdiction pure et simple du Front National. Et la liberté d'expression, dangereux pignoufs angélistes ?

Malgré cela, donc, la Shoah a quand même permis d'amorcer sereinement la décolonisation (parce que les bougnoules, après tout, sont des juifs comme les autres, même quand ils sont musulmans), probablement aussi nombre de principes sociaux qui nous semblent élémentaires aujourd'hui mais qui, en 1940, tenaient de l'idéalisme prépubère (car les idées humaines et/ou humanistes, c'est toujours des jeunes cons chevelus qui les ont, mais laissez les faire ma bonne dame, ca leur passera, ils comprendront, et ayons-les soutenus depuis le début quand ils feront du fric.), du style le féminisme, l'antiracisme ou la laïcité étatique. C'est à n'en pas douter par la vertu de l'Holocauste qu'on ne dit plus "nègre" mais "d'origine africaine", ce qui change tout. Pardon pour ce sarcasme facile, c'est la faute à Desproges, moi j'y suis pour rien, je suivais les ordres. Un peu (mais pas trop) plus sérieusement, et à l'exclusion d'une très faible minorité française de 48% de racistes antisémites chauvins et misogynes qui sont pas loin de trouver que finalement Jean Marie n'est pas la moitié d'un con (source : 404BNF), on peut certainement dire que la Solution Finale a plus fait pour la révulsion naturelle envers l'injustice raciale que John B. Root pour la propreté de mon calbard.

Dès lors, il m'apparait comme absolument nécessaire, ne serait-ce que pour l'édification de ces fameux 48% de blaireaux dont au sujet desquels je parlais y'a pas une minute, et pour la formation des Français de demain qui ne sont encore que des éclats lubriques dans l'oeil libidineux de la jeunesse française d'aujourd'hui mais c'est pas ma faute si j'habite avec une gonzesse qui passe les 3/4 de son temps à poil, nécessaire disais-je d'organiser régulièrement - disons, tous les 5 ans - un ethnocide sponsorisé par l'Etat, avec déportations amusantes, collaborations ludiques et chambres à gaz hilarantes. Si besoin est, on peut même le faire passer en prime time sur TF1 sous un titre accrocheur comme "Big Führer", "La Nouvelle Victime" ou "Massacre Academy", et on voterait pour savoir qui serait déporté entre Moïshé, Mamadou, Fadila et Tran-Tan-Kim. Je fais pour cela confiance à Sarkozy, qui sous ses airs de fumier hystérique cache non sans mal une âme d'ordure fanatique, et dont l'élection par les boutiquiers frileux et les buralistes xénophobes ne saurait tarder si le temps le permet, tant il est vrai que si Le Pen est vraiment un enculé d'untermensch à crier "Les crouilles dehors !", au moins Sarkozy est un bon français respectable dont les exhortations à limiter l'immigration sont complètement légitimées par la délinquance juvénile pluriethnique - les immigrés, c'est tous des étrangers de toute façon.

Enfin bref, asi es ma vida loca.

PS : Merci, Pierre, puisse-tu siroter du Figeac 71 à la droite d'Himmler, qui au moins est quelqu'un de ton milieu, à la différence d'un Jésus outrageusement unter-prolétarien.

PS2 : Une constatation s'impose à l'écoute de la version française de la Varsovienne, je cite : "Un seul mot d’ordre : travail et justice // Fraternité de tous les ouvriers". Oui, vous l'aurez noté, le mot d'ordre solitaire est triple. Je réalise, à 25 ans bien sonnés, que les communistes aussi sont des cons. Mon monde s'effondre.

PS3 : depuis quelques jours, chaque fois que je connecte Trillian je recois toutes les 5 minutes des demandes de type "pleeeeeeaaase add me to your contact list" d'users appelés "Xyeghegah Zgthgeht" avec comme adresse mail "freeporn@jesaisplusquoi". Considérant (faisant, peut-être, preuve de tous les préjugés qu'on affuble arbitrairement à la classe bourgeoise dont je fais partie) que ces saloperies sont une énième forme de spam, je décline immédiatement sans réfléchir. Pour avoir le même popup 30s plus tard. Je m'énerve. Je reclique "cancel". Ca revient. Je coupe Trillian. Mes amis s'étonnent de mon absence, ou du moins s'étonneraient si j'avais des amis et si Antistar me faisait l'aumône d'un petit bonjour, depuis le temps. Salope.
Quelqu'un a une solution à ce nouveau crime inqualifiable de la société de consommation envers la vie privée ?

Les profiteurs vautrés dans la richesse
Privent de pain l’ouvrier affamé.
Ceux qui sont morts pour nos grandes idées
N’ont pas en vain combattu et péri.

J'en Sais Foutre Rien - La Varsovienne

22.2.06

3:26 PM : Ma petite psychanalyse se porte bien...

A coups de binouzes je l'entretiens, je soigne mon stress et tout mes complexes avec de l'Heineken et du Coca Light (*)

Je songeais, comme souvent, trop souvent peut être, aux amitiés et amourettes perdues, aux figures d'un présent perpétuel devenues d'un passé malgré moi. Faut être honnête, je pense surtout aux amourettes. On est midinette ou pas. Comme toujours, j'en faisais l'inventaire instantanné, cet embrouillamini d'images, de sons, d'odeurs, de scènes, tantot ici tantot là, celle-ci celle-ci celle-là, en un quart de seconde j'ai revécu cinq ans dans le désordre.

Et, comme toujours à la fin de ces réminiscences, qu'elles soient mélancoliques, franchement tristes ou recouvertes de tendresse chaude (ca dépend pas de la scène, mais de l'humeur. Le même baiser volé peut prendre tellement de couleurs différentes selon l'heure du jour...Chaque instant d'une vie pourrait l'occuper toute entière, j'ai l'impression.), arrive la chute. Les chutes. Inexorables comme une fin de cancer, je ne sais pas me souvenir du passé sans m'apercevoir qu'il est fini sans rémission. Et comme on parle d'amour, jamais de mon fait - un vrai clebs je suis. Et comme toujours, pas de juste milieu ou de nuances, il n'y a que deux fins d'histoires et deux femelles, quel que soit leur nom - celle qui manque encore et que je rêve toujours de retrouver, de re-rencontrer un jour, rêve à jamais irréalisé parce qu'à quoi bon ? Comme dirait Mano, c'est plus pareil. Et celle qui a déçu. Que je hais, que je méprise parfois, et qui a commis l'exact même crime que la première, mais pour lequel elle n'est pas pardonnée, elle : avoir été attendue. Attendue. Et n'être pas revenue. Zaï zaï zaï zaï, indeed.

Comme toujours, j'oublie de me rappeler que l'autre est comme moi - à vrai dire, je ne suis pas certain de l'avoir jamais su, ni compris. Je lui en veux de n'avoir pas compris que je tenais à lui, à elle. Pourtant, jamais je ne le lui ai dit, jamais non plus je ne leur ai demandé de revenir, puisque naturellement (au moins pour moi), si Lagardère ne vient pas à moi, c'est qu'il n'en a pas vraiment l'envie, alors à quoi bon forcer les choses, à quoi bon geindre et mendier pour un refus qui va de soi ? Il ne me vient jamais à l'esprit que, peut être, elle fait exactement le même raisonnement. Peut être (surement) ai-je infligé sans le savoir les mêmes blessures, engendré les mêmes dégouts. Peut-être manque-je autant aux manquantes. Comment le savoir, puisque le coeur du problème est le silence ? Je ne peux qu'espérer que mes ami(e)s ne m'aiment pas trop dans les moments où je n'ai pas le goût d'eux, puisqu'alors je serais tiraillé entre deux infâmies - ne pas les voir (et leur faire du mal), ou les voir juste pour faire plaisir et sans vraie envie. La vie conspire pour faire de nous des connards.

Pouf, pouf.

Plus je lis Schmitt, et surtout sa postface, plus il a quelque chose d'énervant. Cette idée qu'il semble avoir de la supériorité de la réflexion sur l'émotion, ce stoïcisme moralisateur qui veut qu'on ne puisse être un Adolf H. qu'en contrôlant ses pulsions, en les cérébralisant, un Hitler quand on s'y laisse aller(**). J'aime pas ça. A vrai dire, je crois que je n'aime pas la réflexion, instinctivement, et malgré les tordages de chou que je vomis ici quoti hebdo mensuellement.

J'ai l'intuition que la réflexion est, en règle générale, ce que l'on développe pour remplir le vide laissé par l'émotion après que celle-ci se soit tue. J'ai en horreur les ceusses et celles qui dissèquent films et livres, pièces et tableaux, rouages psycho-scénaristiques par-çi, thèmes et couleurs par-là, plutôt que de se laisser aller avec l'histoire ou l'image, et cherchant le mécanisme créant l'émotion au lieu de se laisser porter par elle. La forme m'emmerde. On n'analyse une relation qu'une fois celle-ci finie, on ne peut pas observer de l'intérieur.

A côté de ça, je sais aussi que l'émotion est dangereuse - je connais la portée de mes colères aussi subites que brutales, je sais quand il vaut mieux me mettre dans ma bulle, non pas pour m'éloigner du monde (ca, c'est une autre bulle, j'en ai plein :) ), mais pour lui épargner moi. Je sais aussi la dévorance des mes jalousies amoureuses comme amicales, les conséquences souvent très limites, et parfois carrément insensées de mes haines préférées. Mais cette idée que tout cela soit "mauvais"... Peut être ne prêche-je que pour ma paroisse, au fond. Il est fort possible que je sois une bête barbare. Je serais pas la première. Mais comment dire... Contrôler les actions que nous suggèrent nos névroses ou nos instincts, je veux bien, mais montrer celles-ci du doigt, ne plus vouloir les ressentir, ne plus en jouir sans les couper en petits morceaux bien étudiés... vous faites comment, vous autres vrais intellectuels ? Pas que je ne pratique pas hein, mais quand même, je préfère les papillons de l'estomac à l'éclair de compréhension, quoi.

(*) Un bon point pour la référence.
(**) Je m'apercois après coup que sans le prémice, vous allez pas capter : La Part de l'autre est un bouquin écrivant deux biographies en parallèle, d'un côté celle d'Hitler, recalé de l'Académie de Vienne, asexué, dictateur et suicidé dans un bunker berlinois (le vrai, donc), et de l'autre celle d'Adolf H., peintre reçu à l'Académie de Vienne, un gars humain comme tout, pas antisémite, pas dictateur, et pas suicidé dans un bunker, les deux subissant à côté de ça le même environnement extérieur - le début du siècle, la guerre de 14 au fond d'une tranchée, le traité de Versailles, le crash de 29 et ainsi de suite, mais n'y réagissant pas de la même manière. Le but général étant pour l'auteur d'une part d'essayer de comprendre le personnage historique, d'autre part de le "dédiaboliser" en montrant qu'il était aussi humain qu'un autre, et donc que n'importe quel autre humain eut pu être lui, enfin merde quoi c'est tout écrit dans l'extrait de postface en addendum du post d'avant, je vois pas pourquoi je me fais chier.

Emmène-moi, emmène-moi !
On doit pouvoir
Se rendre écarlates
Et même,
Si on précipite,
On devrait voir
White light white heat !

Noir Désir - Les Ecorchés


21.2.06

12:13 AM : Nagasaki mon loulou

Blâmez le manque de post à Wanadoo, qui j'en suis de plus en plus persuadé emploie des primates à l'entretien des lignes, et des amibes au service technique. Un gros tas d'amibes dans un costume dégriffé.

Je regardais "La Jeune Fille & La Mort" de Polanski, je regarde "De Nuremberg à Nuremberg", et comme d'habitude je me pose la même question que n'importe quel connard regardant ça, ou juste un livre d'histoire, comment on en arrive à ça ? Je parle pas au point de vue du groupe ou d'une population, mais de l'individu (parce que c'est la seule chose qui m'intéresse, l'individu. La masse me fait trop peur.). Ca a beau être l'Imposture de croire que c'est la même chose d'être antifasciste en 2005 et en 1930, je veux croire qu'être un être humain si, et que l'éléctrocution des quéquettes au laser n'est jamais venue facilement à personne. Le chargé d'enquête américain sur les camps de concentration écrivait à sa femme qu'il lui semblait que les nazis avaient fait beaucoup d'efforts pour essayer de réaliser tous les cauchemars humains, à la suite de sa découverte de la collection d'yeux d'enfants du docteur je-ne-sais-plus-qui, le superviseur de Mengele. Et à vrai dire, ce genre d'atrocité extrême (ça ou les collections de tatouages de la Putain de Buchenwald...) ne me parait pas si "incroyable" ou inexplicable - casez un fou psychotique dans un systême qui les encourage, on arrive à ça. Ou même, sans utiliser le joker de la folie, il y'a dans l'horreur une fascination morbide (d'ailleurs utilisée dans le film de Polanski) : une fois que tu as fait la première fois usage d'un pouvoir absolu sur l'Autre, quelle que soit la forme qu'ait pris ce pouvoir, tu peux te demander "mais...jusqu'où je pourrais aller ?". On s'habitue, c'est tout.

Mais justement, ces cas extrêmes sont moins marquants (pour moi) que la terreur banale. Que la non-réaction du soldat qui colle 5 balles dans la nuque le matin avant d'aller bouffer, que celle de celui qui distribue 5 grammes de pain quotidien à une colonne de squelettes rayés. L'expérience de Milgram attribue ça à la soumission instinctive (ou automatique, ou générale) à l'autorité (pour ceux qui n'ont pas suivi, je rapelle l'expérience de Milgram : on met un sujet et un faux sujet dans une pièce, le premier doit poser une série de questions irrationelles au second, et lui envoyer des chocs électriques (faux, mais ca le sujet ne le sait pas) de plus en plus forts au fil de la séance à chaque mauvaise réponse, l'expérience s'arretant soit à la "mort" du faux sujet, soit au refus total du sujet à continuer. Si mes souvenirs sont bons, 60 et quelques pourcents des gens crevaient leur victime, et seuls 3 ou 4% refusaient complètement le prémice d'éléctrocuter même un peu un inconnu, donc présumé innocent).

Ca me satisfait pas, parce que la population sujette à l'expérience n'est pas du tout la même d'une part, et ensuite parce que la plupart des raffinements brutesques n'ont pas été ordonnés par le plus haut echelon, mais par le commandant sur place - et celui-là, faut bien qu'il ait eu autre chose en tête que la simple abdication de sa conscience à l'autorité, lui ou ses trouffions qu'il laisse faire. Qu'on parle de Varsovie, de My Lai, de l'Algérie, de Nanking ou de n'importe quel autre charnier, y'a toujours un ou plusieurs individus qui, sur place, a du décider que eh, j'ai une idée, si on essayait de les empaler avec leurs propres jambes. Comment dire...disons qu'à Oradour, on a du donner l'ordre générique "combattez les terroristes par tous les moyens", que l'officier sur place a transformé en ordre spécifique de "on rase tout, et on crame les femmes dans l'église" (ceci dit, j'apprends que le feu de l'église a été lancé au cours de combats par l'explosion de munitions et d'explosifs que le maquis avait planqué dedans. De là à croire qu'il était involontaire, n'est-ce pas...). Tiens, pareil mais dans l'autre sens : pour qu'on traine de force les femmes collabos dans les rues pour les tondre, pour qu'une foule haineuse fasse ça avec jubilation, faut bien qu'il y'ait eu un individu qui aie gueulé "qu'on les tonde !".

Et c'est cet individu-là que j'essaye d'imaginer, et ce qui peut le pousser (parce que ca peut être n'importe qui, vous ou moi. Surement. C'est trop facile de dire que c'est un fou isolé. Si c'était le cas, on ne retrouverait pas ce mec-là dans toutes les guerres.) à ça. Peut-être est-ce simplement la solitude d'années de guerre loin du cul de sa femme, ou avec le cul de sa femme éclaté sous une bombe. Ou le divin pouvoir immanent du "j'ai une mitraillette et pas toi". Je crois surtout, en fait, que c'est une affirmation de liberté individuelle. Je m'explique : tu es un soldat allemand en 40. T'as fait les Hitlerjungend, tu vis en général dans une société ou tu n'as droit qu'au silence en tout et sur tout sinon balle dans la nuque, et en particulier dans un organisme ou tu fais ce qu'on te dit sinon douze balles dans la peau. La seule liberté qui t'es attribuée est de faire mal à l'ennemi... Alors tu te laches ? Je sais pas trop. Mais je pense que c'est un élément de réponse, puisque si les brutalités envers l'ennemi ont de tout temps été ce petit je-ne-sais-quoi qui fait le charme des guerres, jamais elles n'ont été poussées jusqu'au niveau du Reich, où la liberté individuelle était à son plus bas niveau, et où l'horreur était non seulement encouragée, mais industrialisée. Le soldat évacuerait-il sa frustration d'être soldat à concurrence de la liberté qui lui est laissée de l'évacuer ? Au Viet-Nam, au moins, y'avait de la beuh, de la bière, du rock et des putes...

Enfin bref, asi es ma vida loca.

EDIT : Et en cours de post j'ai encore oublié un truc qui m'a pourtant beaucoup fait cogiter : beaucoup de bourreaux nazis, des hauts responsables aux petits kapos des kamps, ont échappé aux purges et contre-purges, aux dénazifications et autres amusances pas-barbares-du-tout-pensez-donc que le peuple civilisé infligea au conquérant conquis. Beaucoup sont morts à des 60, des 80 ans, d'autres vivottent encore, la trouille au ventre et chiant sous eux des fois qu'on remettrait leur sale bobine dans un bordel du port de Montevideo. Et moi, je me demande juste ce qui peut se passer, aujourd'hui, dans la tête de ces mecs-là. Est-ce qu'ils regrettent d'avoir fait ça ? Est-ce qu'ils regrettent que ca soit fini ? Est-ce que W. Bush leur rapelle, mélancoliquement, Goebbels quand il n'était pas en grande forme ? Tant de questions...

Addendum : pour faire croire que je me cultive, une citation qui confirme que oui, oui, je suis génial, d'ailleurs y'a des génies qui pensent tout comme moi, c'est bien la preuve que :
L'erreur que l'on commet avec Hitler vient de ce qu'on le prend pour un individu exceptionnel, un monstre hors norme, un barbare sans équivalent. Or, c'est un être banal. Banal comme le mal. Banal comme toi et moi. Ce pourrait être toi, ce pourrait être moi. Qui sait d'ailleurs si, demain, ce ne sera pas toi ou moi ? Qui peut se croire définitivement à l'abri ? A l'abri d'un raisonnement faux, du simplisme, de l'entêtement ou du mal infligé au nom de ce qu'on croit être le bien ?

Aujourd'hui, les hommes caricaturent Hitler pour se disculper eux-mêmes. La charge est inversement proportionnelle à la décharge. Plus il est différent, moins il leur ressemble. Tous leurs discours reviennent à crier "ce n'est pas moi, il est fou, il a le génie du mal, il est pervers, bref il n'a aucun rapport avec moi". Dangeureuse naïveté. Angélisme suspect.

Tel est le piège définitif des bonnes intentions. Bien sûr, Hitler s'est conduit comme un salaud et a autorisé des millions de gens à se comporter en salauds, bien sûr, il demeure un criminel impardonnable, bien sûr, je le hais, je le vomis, je l'exècre, mais je ne peux pas l'expulser de l'humanité. Si c'est un homme, c'est mon prochain, pas mon lointain.

Eric-Emmanuel Schmitt, in La Part de l'autre

It's a long way to Tipperary,
It's a long way to go.
It's a long way to Tipperary
To the sweetest girl I know!
Goodbye Piccadilly,
Farewell Leicester Square!
It's a long long way to Tipperary,
But my heart's right there.

Aucune Idée - It's A Long Way To Tipperary

8.2.06

12:11 PM : Belles lettres

Perso, je préfère le N.

Je ne résiste pas à l'envie de vous copier cet extrait de De Capes & de Crocs (vous comprendrez vite pourquoi), une BD qu'elle est achement bien au niveau du dialogue, et du dessin aussi, qu'a chaque nouvel épisode j'amourache un peu plus.

Eusèbe :
Peut être connaitriez-vous un certain "maitre d'armes" ? C'est quelqu'un qui sait faire plein de choses : de la philosophie par exemple...

L'inconnu :
Comment le connaitrais-je ? Ayant peu lu Platon
Je pratique assez mal le gnôthi seauton.
Un ergo sum pourtant me vient quand j'y cogite...
Décrivez plus avant ce curieux sélénite.

Eusèbe :
On le dit aussi savant...

L'inconnu :
Des savants en ces lieux ! In tiergo lunae ?
Cet illogique îlot ferait tiquer Brahé !
Et le grave Kepler, d'y voir les lois connues
Prises à la légère, en tomberait des nues !

Eusèbe :
Poète...

L'inconnu :
Est-il de ces rêveurs, race au rebours des us,
De ces hurluberlus chevaucheurs de nimbus,
Artisans d'inutile affairés d'éphémère
Qui s'en vont, plume au vent, pourchasser la chimère ?

Eusèbe :
Bretteur...

L'inconnu :
Celui qui défit seul, pour de nobles desseins
Sans mentir, capdedious ! Plus de cent spadassins,
Qui gardant pour l'envoi sa plus belle estocade
Fit à ses ennemis cadeau d'une ballade...

Eusèbe :
Gascon ?

L'inconnu :
Qui s'il gasconne un peu - nul n'est vraiment parfait -
Ajuste à ce qu'il dit, comme un gant, ce qu'il fait,
Celui que vous cherchez vous salue, et se nomme...

C'est classieusement zouli, non ? Et après on dira que la BD est un truc pour analphabètes...

Enfin bref, asi es ma vida loca.

5.2.06

12:14 PM : J'ai un post qui veut que je l'écrive...

Il m'a fallu le numéro 11 de Pacush Blues (une bédé qu'elle est bien, mangez en. Sérieux, ca pulse, coco.) pour... non pas m'en rendre compte, parce que ca fait partie des choses que *tout le monde* sait automatiquement, mais peut être que comme disait Pratchett, "it takes a real genius to invent things anyone could have thought about" : on vit vraiment au coeur du mensonge.

PB n°11 explore le mensonge des clivages hommes/femmes à travers l'enfant, mais ca va bien plus profond que ça... Je repense à ces milliards de teen movies qui nous racontent que la moche pourrait se taper le capitaine de l'équipe de foot si seulement il se rendait compte d'à quel point elle est belle à l'intérieur de ses boutons... des ces thrillers ou le méchant exploiteur de la crédulité du peuple se prend du 9mm en plein front, de ces films où l'amour triomphe en plus d'être éternel, des ces romans où la Justice est servie, de ces religions où le faible, le pauvre vainc le riche et puissant, et ça jusqu'aux fables de cet immense lèche-cul (oui, mais cul princier) de La Fontaine...

Et pourtant, rien de tout cela n'est vrai. La moche meurt seule et frustrée, le capitaine de l'équipe de foot (ou de rugby, à LLK) se tape la capitaine des cheerleaders, le méchant expoiteur du prolétariat passe des vacances aux Caïmans sur un matelat de dollars sanglants, l'amour éternel n'est jamais, jamais, *jamais* partagé, sinon il ne serait pas éternel, la Justice a les tripes à l'air et le faible se fait enculer en cousant des baskets. Partout, toujours, tout le temps. On sait tous ça. On sait tout ça. La jeunesse cynique de la génération X n'a rien inventé, bordel, et moi encore moins.

Et pourtant, on fait encore ces films, on écrit encore ces romans, on raconte toujours ces histoires aux gosses. On explique toujours que Liberté, Egalité, Fraternité über alles, mêmes aux pauvres cons à qui on demande leurs papiers 15 fois par jour parce qu'ils sont un peu bicots sur les bords. Et pourtant, on croit toujours un peu à ces mensonges-là, on a toujours ces archétypes à deux balles, prince charmant et princesse endormie (même pas féministe), méchant puni, on a toujours ces mots gravés dans l'âme : Justice, Liberté, Ordre, Egalité, Liberté, Liberté, Liberté... Liberté dans des clapiers. "You're FREE ! Free... to do as we tell you.", disait Bill Hicks et putain, lui non plus n'a rien inventé. C'est un gros tas de vérités qu'on a tous pris dans la gueule à la puberté. On appelle ça la désillusion de voir le monde tel qu'il est, mais pour qu'on la ressente tous, tous sans exception parce que ces blessures font toutes parties de nous, pour qu'elles existent encore il faut qu'elles nous aient été inculquées, ces soi-disant vérités. Le gout de la Justice n'est pas dans les gênes, c'est même le crédo des végétariens (Solveig m'a assez fait chier avec ça...). Et moi je dis...pourquoi ?

Pourquoi est-ce qu'on raconte à nos mômes, à tous nos mômes ces conneries aussi réelles que le Père Noël ou le P'tit Jésus, alors qu'on sait, alors qu'on a compris depuis longtemps que c'est pas vrai, alors que les cicatrices de cette prise de conscience nous palpitent encore dans les tripes et qu'on s'est jamais vraiment remis d'avoir découvert le pot-aux-roses ? Est-ce qu'on croit vraiment, en leur disant tout ça, qu'ils le croiront, et qu'ils le rendront vrai à notre place, à nous qui n'avons pas su ? J'y crois pas. C'est trop con, trop simple, trop philosophie Heineken. Ou trop lâche et trop égoïste, selon l'angle sous lequel je regarde ce tas de merde grasse. Préserver l'innocence de l'enfance ? Tas de merde, elle est où l'innocence de ton, de mon enfance, quand la lâchetés des uns, la méchanceté des autres et la médiocrité de tous, moi compris, m'ont mis où je suis, t'ont mis où tu es ? Tu crois vraiment que tu épargneras tes névroses à ton fils en lui peignant des Bisounours ? Tu crois vraiment que ta fille ne sera pas violée à coups de teen movies ? Tu crois vaincre la haine par la fiction, et la connerie par l'espoir ? Crève. Crevez. Crevez tous©.

Je ne sais pas le pourquoi, ni même exactement le comment de ce noeud de mensonge. Je sais juste que je ne pardonnerai jamais. Parce que j'y ai cru, moi aussi. Un instant. Et que ca m'a tué. Comme tous les autres. Crachez sur Pagnol, car Lili des Bellons est mort d'une balle en plein front, sous la pluie, sur une touffe d'herbes dont il ne connaissait même pas les noms, crachez sur Pagnol et dites le à vos enfants : "Telle est la vie des hommes : quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins."

Enfin bref, asi es ma vida loca, amen.